Accueil

Penser, écrire et habiter l’époque cyberne » : Corps, lien, devenir

Nous sommes entrés dans une époque nouvelle. Une époque de flux continus, d’hybridations techniques, de mutations identitaires, de vitesses inédites. Une époque où le numérique ne se contente plus d’outiller nos vies, mais reconfigure nos manières de penser, de sentir, d’agir et de nous relier.

J’appelle cette époque la cybernité.

La cybernité n’est pas par essence une déshumanisation. Elle est une transformation profonde de nos modes de présence, de nos corps, de nos relations et de nos institutions.

Une mutation n’est jamais jouée d’avance : l’époque cyberne peut intensifier le vivant ou organiser son asservissement et son effondrement.

Livrée aux seules logiques de calcul, de prédiction et de contrôle, elle dérive, comme nous le voyons déjà, vers une société de pilotage comportemental et de dévivre.
Habitée lucidement, elle peut au contraire devenir un espace d’attention, de justesse et de relation, où la technique cesse d’orienter nos vies pour redevenir un milieu avec lequel nous apprenons à nous accorder.

Toute la question est là : comment devenir vivant, sensible, relié et juste dans et avec un monde saturé de technologies, d’algorithmes et d’accélérations ?

À propos de

De la traversée corporelle à la cyberni

Une pensée incarnée pour l’époque cyberne

Je ne suis pas parti d’un concept. Je suis parti d’une traversée. Ma réflexion est née d’un rapport direct au corps, au mouvement, à l’apprentissage, à l’attention, au jeu, à la relation. Elle s’est formée au croisement de l’enseignement, de la création artistique, du sport, de l’écriture, et d’une longue observation des manières dont les êtres humains apprennent, se transforment, se relient ou se désaccordent avec le monde.

Très tôt, j’ai élaboré une philosophie du corps-pensant. Non pas le corps comme simple support biologique, mais le corps comme milieu de pensée, de perception, d’action et de relation. Un corps traversé par des rythmes, des affects, des environnements, des techniques. Un corps toujours déjà en lien. 

Cette intuition fondatrice : le refus de considérer comme premières les séparations entre corps et esprit, humain et nature, théorie et pratique, savoir et vécu, constitue le socle d’une ontologie relationnelle. Les distinctions ne sont pas premières : elles résultent d’un tissu de relations plus originaire qui traverse l’ensemble de mon travail.

Cette philosophie a trouvé un terrain d’expérimentation privilégié dans l’éducation. C’est là que s’est développée la pédagogie éconeurocorporelle : une approche de l’apprentissage qui considère l’humain comme un être éco-situé, neuroplastique, et profondément sensible à ses milieux de vie. Mais cette pédagogie n’est qu’une dimension d’une proposition plus vaste. Elle incarne dans le champ éducatif ce que je tente de penser à une échelle plus large : une nouvelle manière de concevoir l’humain, le vivant et leurs devenirs.

Au fil des années, cette recherche s’est élargie. Les transformations numériques, l’essor des intelligences artificielles, l’accélération des flux, la crise écologique et la fragmentation des liens ont rendu visibles des mutations plus profondes encore. Ce n’était plus seulement l’éducation qui était en jeu, mais notre manière même d’habiter le monde.

C’est ainsi que s’est imposée, vers la fin des années 2010, la notion de cybernité. Non comme un slogan, mais comme un nom pour désigner l’époque que nous traversons. Une époque où les technologies ne sont plus extérieures à nos vies, mais imbriquées dans nos gestes, nos perceptions, nos relations et nos imaginaires. Une époque qui oblige à repenser l’humanisme, non contre la technique, mais à partir du vivant, du lien et du devenir.

Dans ce contexte, j’ai progressivement développé les notions d’être-lien, de plurividu, d’écocorpensance, de diversel, de syntrocène, et d’humanisme cyberne. Des tentatives pour penser un humain non centré, non clos, non souverain, moins dévastateur du vivant et du monde, mais relationnel, multiple, traversé par les autres humains, les autres vivants, les milieux et les technologies.

Ce site est né de cette trajectoire. Il n’a pas pour vocation de produire une doctrine, ni de rassembler une communauté autour d’une identité. Il est un espace de recherche vivante et en mouvement, d’écriture, de formulation et de partage. Un lieu où la pensée reste reliée au corps, à l’expérience, et aux transformations concrètes du monde.

On y trouve des textes, des propositions pédagogiques, et une Déclaration diverselle qui tente de formuler des droits et des devoirs nouveaux pour les humains et le vivant, à la hauteur des mutations en cours. Non comme un programme politique, mais comme une boussole éthique et relationnelle.

Je cherche à rendre pensable, habitable et vivable une époque instable, complexe et fragile. À tenir ensemble la technique et le sensible, le devenir et le soin, la lucidité et la justesse.

Je ne cherche pas à convaincre. Ce site s’adresse à celles et ceux qui sentent que les anciens cadres ne suffisent plus, mais refusent les réponses simplistes. À celles et ceux qui cherchent une pensée incarnée, ouverte, non dogmatique, capable d’accompagner les transformations sans renoncer au vivant.

Articles récents

World Models Vivantiels : Modéliser sans refermer le monde

Volet 3 : l’ontologie La question des world models devient ontologique. Elle ne consiste plus seulement à savoir comment modéliser le monde, mais comment le modéliser sans le refermer. Un world model n’est jamais neutre. Il découpe le réel, sélectionne des variables, stabilise des relations, réduit l’incertitude. Il produit donc nécessairement une certaine fermeture. Or …

Si l’accordage devenait un principe architectural des world models

On pourrait appeler architecture vivantielle une famille de world models conçus non pour optimiser une représentation du monde, mais pour maintenir une viabilité relationnelle dans un milieu changeant. La fonction d’évaluation y porterait sur des équilibres dynamiques entre tensions multiples. L’espace latent y représenterait des relations plutôt que des entités. L’apprentissage y serait orienté vers la co-adaptation. La frontière entre agent et environnement y serait poreuse et dynamique.

World models : le vivant vous attend

Vous construisez des modèles du monde. Mais quel réel modélisent-ils ? Vos architectures portent une ontologie implicite — agents séparés, espaces décomposables, optimisation. Le vivant fonctionne autrement : par relations, accordage et co-adaptation. Le problème des world models n’est pas technique. Il est ontologique.​​​​​​​​​​​​​​​​

Contact

Pour me contacter : yannvibert@gmail.com

Pour soutenir mes recherches : paypal.me/Yannvibert

Merci pour votre soutien. Il permet de poursuivre cette recherche indépendante pour un monde plus libre et plus accordé au vivant

Mon profil complet : Gravatar